19 mars 2008
Je tire ma révérence
Il est peut-être temps de s'arrêter là. Ce n'est pas parce que je n'ai plus rien à dire. Vous vous en doutez, j'ai encore vécu beaucoup de choses. Ce n'est pas parce que j'en ai définitivement terminé avec mon passé, mon présent ou mon avenir. Mais parce qu'aujourd'hui, je souhaite passer à autre chose.
J'ai commencé ce blog, il y a neuf mois. Au fil du temps, j'ai eu la joie de dialoguer avec certains d'entre vous, mes fidèles lecteurs. Je veux dédier tous ces écrits et ces petits fragments de vie à vous seuls et à mes enfants. Ils resteront sur la toile comme une trace de mon passage "virtuel" dans vos existences, parfois modestement dans vos pensées. Vous vous êtes souvent reconnus en moi comme moi, je me suis reconnu en vous. Nous sommes un peu liés quelque part et je ne crois pas au hasard. Vos interventions ici ne sont pas dénuées de sens, loin de là, elles sont au contraire le signe visible d'une solidarité humaine qui dépasse les frontières du numérique. La nature humaine reprend toujours ses droits, bon ou mauvais mais dans ce qu'elle a de plus beau, elle transcende les clivages et les distances.
Merci à toutes à et tous mais je tire ma révérence !
Je vous ai livré avec confiance une grande partie de mon intimité, ce n'était pas rien. Vous avez découvert de nombreuses facettes de ce que je suis. Le bon comme le mauvais, ce qu'il faut garder, ce qu'il faut jeter. "Poubelle la vie" n'est pas une forme de rédemption ( j'irais jusqu'à donner ma vie pour racheter mes erreurs ! ) , la rédemption d'un type qui fut mauvais par le passé et qui chuta lamentablement dans les pièges de la médiocrité, ce n'est pas non plus un appel à la compréhension et au pardon, ce n'est surtout pas une demande de justification comme si le personnage que j'étais devenu - froid, narcissique et égocentrique - était forcément le résultat ou la somme d'une enfance désenchantée et écrasée : C'est juste une histoire qui ressemble à beaucoup d'autres, elle est une partie de ce qu'est celle de tous les hommes et femmes, une partie de votre histoire, de ce que nous sommes, capables, hélas du meilleur comme du pire. Je suis responsable de mes actes et il n'y a pas de circonstances atténuantes, je n'en veux surtout pas ! Je ne suis pas une victime car une victime ne fait pas souffrir des innocents comme j'ai fait souffrir ma femme - et qui souffre encore - , une victime ne fait pas souffrir des enfants en provoquant un divorce ! Et si j'ai parlé de mon enfance, ce n'est pas, je le répète, pour justifier ma vie maritale pitoyable mais seulement parce qu'il m'était nécessaire de comprendre et de digérer ce que je n'avais jamais eu le courage de digérer avant.
J'ai donné le pire de moi-même à cette femme qui m'aimait et si elle fut bien loin d'être parfaite, en actes comme en pensées, je ne mérite pas le pardon car le refus de l'amour sous toutes ses formes, je veux dire, le rejet conscient et méticuleux de notre bonheur est un acte particulièrement grave que je considère équivalent ou égal au meurtre.
C'est ainsi que j'en termine avec moi-même et avec vous. C'est ainsi que je décide de tirer un trait non pas sur mon passé mais sur ce petit témoignage de vie, sur ce blog. Tout n'a pas été dit mais l'essentiel y est, c'est une moitié de moi et qui sait ce que me réservera l'avenir.
Tout ce que je sais, ce que j'aurais peut-être appris à savoir ce que veux dire le mot "grandir". A travers le reflet de mon image pulvérisée tel un miroir en plusieurs fragments et de mon existence vide, de mon coeur vide, de mon âme vide, à travers le mal, la souffrance, la colère, la vengeance ou la cupidité, j'ai vu qu'il m'était peut-être possible de grandir et de donner cette fois ci, le meilleur de ce que je suis.
C'est à cela que je vais désormais m'atteler. Ce n'est pas nouveau, ce n'est pas un miracle, ce n'est pas une religion, un Dieu, une science, une philosophie, une psychanalyse ou une idéologie, c'est juste la suite logique et naturelle que tout homme se doit d'exploiter en lui. N'est ce pas ce que je tente de faire depuis "mon éveil" ou ma prise de conscience ? Et ce, malgré ma dépression et mon alcoolisme ?
Le meilleur est en nous. Le meilleur ne détruit pas, le meilleur ne donne pas la souffrance ou n'écrase pas les plus faibles, Le meilleur ne domine pas, il se fait serviteur, le meilleur anoblit et rend superbe le plus laid et le plus médiocre des hommes.
Vous avez toute ma sympathie et mon amitié.
18 mars 2008
La dernière marche
Je l'ai croisé au bord de la plage. Elle est passée devant moi alors que je mangeais un sandwich. Je fus d'abord stupéfait car je n'étais pas vraiment préparé à cette rencontre surprenante. Elle marchait avec un petit sac à main, elle portait un jean blanc et un décolleté rose ou marron, je ne m'en souviens plus vraiment. C'est elle qui m'a reconnu la première. Il fallu que je retrouve mes esprits et que je recentre mes pensées car j'avais l'impression que cette apparition sortait tout droit de mon imaginaire.
Cruella était là devant moi, dans toute sa splendeur. Le hasard, en ce début d'après midi l'avait mise sur mon chemin. Pourtant, rares étaient les occasions où nous étions seuls. En quatre ans de séparation, de guerre, de haine, d'amour, de mépris ou d'indifférence, je n'ai qu'un seul souvenir où nous nous sommes retrouvés sans les enfants ou les avocats. Ce fut lorsqu'elle m'annonça son désir de divorcer. Je ne pouvais légitimement manquer cette occasion et faire tout ce qui était en mon pouvoir afin de simplement lui parler. Mais pour dire quoi ?
Elle continua son chemin. Elle marcha tout le long de la plage, le pas un peu hésitant. Refusant de laisser cette femme qui fut mienne durant des années m'échapper aussi bêtement, je décidai de la suivre.
J'étais comme un gamin désemparé, ne sachant que trop faire, comment agir, comment parler. Je n'avais plus l'assurance et l'orgueil du passé, j'étais depuis bien longtemps en position de faiblesse et de fragilité. Qu'allais-je lui dire ? A quoi bon ? Je la suivais en me demandant ce que je faisais là : Était-ce après tout un mirage ?
Mais non, c'était bien elle. Elle se retourna puis s'arrêta net à ma vue. Elle me demanda de la laisser mais je ne pus m'y résoudre : Il fallait que je lui parle. Mais parler de quoi encore une fois ? Je ne savais plus vraiment. J'avais pourtant rêvé plusieurs fois de ce moment. Je l'avais désiré plus que tout au monde. Mais j'étais comme démuni, j'étais pauvre de tout, j'étais nu et sans véritable argument, rien qui ne pouvait cependant justifier mon acharnement. Elle s'imposa immédiatement devant moi en m'affirmant à plusieurs reprises que nous n'avions plus rien à nous dire, que la messe était dite depuis fort longtemps et qu'il fallait désormais que j'accepte la défaite, que j'accepte son désamour. En montant les escalier qui menaient à une célèbre cascade qui surplombe la ville, j'étais pour la plupart du temps placé sous son regard et son jugement. Je la suivis au delà de la dernière marche . Ce n'est pourtant pas ce que je voulais. je ne voulais pas l'envahir. Je voulais juste que nous parlions des enfants sereinement, d'égal à égal , n'est ce pas d'ailleurs ce que font tous les ex- époux "normaux "et séparés ? Son regard et le son de sa voix disaient le contraire : Cruella n'était pas là pour discuter, Cruella n'était là pour me parler, Cruella n'était plus celle qui m'aimait, Cruella était l'image d'une autre femme, d'une simple inconnue que le destin avait mis cet après midi là sur mon chemin.
Était-elle heureuse ?
Elle me répondit que non. Mais qu'importe puisque son bonheur n'était plus de mon ressort. En reconnaissant à plusieurs reprises que j'avais bien été incapable de la rendre heureuse, elle me fit remarquer à l'expression de son visage qu'elle en gardait encore les cicatrices.
Aussi profondes soient-elles, elle fut néanmoins assez troublée lorsque je lui dis que contre toute attente, je l'aimais encore. Elle me fit immédiatement remarquer que de telles paroles étaient bien trop graves et lourdes pour qu'elle les prenne au sérieux. J'avais beau insister mais le mur ou les barreaux de prison refirent surface. J'avais beau lever mon glaive pour transpercer son coeur, son bouclier était infranchissable. Ce n'est pas le prince qu'elle voyait mais un horrible dragon prêt à lancer des salves de feu, prêt à l'anéantir. Voilà ce que je vis en elle. Elle voulait fuir à tout prix.
En rentrant chez moi le soir même, je me dis qu'au fond, Cruella avait peut-être raison. Peut-être que je ne l'aimais pas, peut-être que je n'aimais que ce qu'elle avait pu représenter pour moi durant nos quelques années de vie commune et que j'avais lamentablement raté. J'étais endormi et à côté de moi, tout près, une femme qui était loin d'être parfaite m'avait voué un amour unique, tout ce dont j'avais pu rêver et que je n'avais jamais su préserver...
29 février 2008
Je tergiverse
Je n’ai peut-être jamais fait le bon choix…
Dehors, la pluie commence à tomber. Je pense. Je regarde la fenêtre. J’ai envie de me flinguer. Je n’ai pas le courage. Il suffit pourtant d’un geste. Ce geste, des milliers d’hommes depuis des générations l’ont fait. Ils ont eu le courage, eux. Je vais me servir un whisky. Cette maison est triste. Il faut que je parte. Mais pour aller où, imbécile ? Quitter mon travail, changer de putain de vie. Mais non ! Ce n’est pas la solution. Il faut voir du monde, sortir. Il faut que je m’amuse. Peut-être une autre femme ? Oui, je vais trouver une solution. Mon whisky. J’aime cette couleur. Ce liquide qui ressemble un peu à du cuivre. Une gorgée.
Je n’ai peut-être pas fait le bon choix. Depuis le début, ça a mal commencé.
Peut-être que ma femme aussi ne m’aimait pas ? Non, elle ne pouvait pas mentir comme ça. Ma femme était honnête. Enfin, je crois. Un gorgée. Elle était amoureuse aussi. Je me souviens de ces films en Italie. Mais bordel, où ai-je rangé les cassettes ? Putain de merde ! Et la caméra ? Je l’ai mise où cette foutue caméra ? Sur le film, elle souriait. Oui, c’est parce qu’elle m’aimait. Une femme ne sourit pas comme ça, en général. Enfin, je veux dire, ses yeux ne brillent pas. Les siens brillaient. Ma femme n’aimait pas que je la filme. C’était où déjà ? Ah oui, en Italie, dans la maison familiale. Merde, ça fait mal ! Une gorgée. Elle me fait une grimace d’enfant. En fait, elle aime que je m’intéresse à elle. Sur son visage, il y a un mélange de désir et d’amusement. On est dans la cuisine. C’est une grande cuisine, hein ? Il y a la grande table et je suis assis sur son rebord en braquant l’objectif sur elle.
Non, non, je n’ai pas fait le bon choix. J’ai menti. J’ai toujours menti. Je t’ai menti à toi, ma chérie et j’ai menti à ma famille, j’ai menti à mes amis, j’ai menti à mon chat, aux voisins, à l’épicier et que sais-je encore ? Une gorgée. Oh, et puis merde, pourquoi je continue à tergiverser comme un con ! Va la chercher, elle t’attend. Oui, elle t’attend, elle espère que tu vas venir et que tu vas te battre pour la reconquérir ! Oui, les femmes sont comme ça ! Il faut les conquérir sans cesse ! C’est ça, sois un homme ! Plutôt que de rester là à chialer comme un gosse, va la chercher ! Une gorgée. Mais pauvre con, tu l’as déjà fait 100 fois, tu es divorcé et on est en 2008 ! Souviens toi rien que pour l’année 2004, hein ? Tu t’es incrusté comme un mort de faim pour le soir de noël et au passage, tu t’es aussi tapé l’incruste le jour de l’an ! Avec un plateau d’huîtres et deux bouteilles de champagne. T’avais même acheté deux peluches : Il y a avait un petit cochon qui faisait bouger sa truffe et un petit chien qui sautillait en aboyant. Et puis t’étais déjà légèrement bourré, c’est vrai ! Mais quelle bonheur de voir tes enfants sourire devant ce spectacle ! Elle t’ouvre, elle te fait rentrer chez elle et tu te sens presque comme chez toi. Mais je ne suis plus chez moi ! D’ailleurs, je n’avais plus de chez moi. Enfin, oui, dans les cités HLM, chez un vieil ami. Un empafé aussi. Un très grand ami mais un empafé quand même. Parce que lui, il savait. Le soir où ma femme m’a quitté, elle l’a fait venir. Elle voulait savoir si c’était vrai, ce fameux coup de fil, si F. lui avait bien dit la vérité. L’avais- je trompé ? Mais il n’a pas vraiment nié, ce nigaud. Il n’a pas nié et il n’a pas affirmé non plus. En somme, ça veut tout simplement dire qu’il a affirmé.
De toute façon, tout ça n’aurait rien changé. Une gorgée…Un jour, elle m’a dit ( mais c’était quel jour, bordel ? ), un jour, elle m’a dit qu’en apprenant cette nouvelle, elle avait voulu se jeter du premier étage. Comme moi. Mais pas pour les mêmes raisons. Moi, c’est parce qu’elle m’a quitté. J’avais même répété ça à mes parents, je ne sais plus d’ailleurs à quelle occasion…Enfin,bref, le plus troublant, c’est fut leur réaction. Ils se sont mis à rire. Les voilà dans toute leur splendeur. Ils ont rit parce que le premier étage n’était pas même suffisamment haut pour se tordre une putain de cheville. Elle m’a dit aussi qu’elle avait hurlé et qu’elle avait senti en elle comme un déchirement. Ils ont ri encore. A gorges bien déployées. Ah ce ne sont pas des monstres, il ne faut pas se méprendre ! Ils sont juste un peu cinglés. Mais peut-être que j’ai ri aussi ? Pourquoi, ce soir là, ne suis-je pas revenu afin de lui dire la vérité une bonne fois pour toutes ? Pourquoi ai-je eu peur ?
Je n’ai jamais fait le bon choix. Jamais pris les bonnes décisions. Tout était pourtant possible et réalisable.
Mais je n’y ai pas cru.
22 février 2008
1981
Ce que je retiens de mes premières années de vie : un sentiment de malaise et d'abandon.
Pour mon père, la famille était un instrument, un moyen qu'on agite comme un pantin désarticulé, une sorte de photo sur laquelle il prenait toute sa largeur mais qu'il fallait néanmoins afficher aux yeux de tous comme étant le trophée de sa mensongère réussite familiale. Ainsi, durant des années, il eut le génie de nous faire croire qu'il était le pilier, la force tranquille et l'assurance d'un avenir prétendument radieux. Sans cesse, il exploitait sans vergogne - tel un vampire - la sécurité affective que lui procurait sa famille. D'ailleurs, était-il un vampire affectif ? Cependant, du haut de mes huit ans, je n'étais pas dupe. Très vite, je fus formé à la politique des faux semblants et des masques, des mensonges et des trahisons. Sa première trahison fut en effet de me faire croire qu'il m'aimait et qu'il était au delà des apparences, un père de famille en éternel "sacrifice" pour ces enfants. Je ne l'ai jamais cru. Les fait parlaient d'eux-mêmes. Lâché à mon triste destin, je fis mon entrée à l'école comme on entre dans une prison. Mon monde n'était alors pas semblable à celui des autres enfants de mon âge, mon monde était rempli de monstres hideux, il n'avait rien d'un Disney, il ressemblait plutôt à un film d'horreur de série B et mes nuits d'insomnies étaient remplies de ces monstres. C'est ainsi que sans m'en rendre compte, je me coupais de tout et que de ce fait, je pris également dés le départ, un retard considérable dans mes études. Muet, mystérieux, enfant solitaire et sensible, traumatisé par les incessantes disputes et violences physiques de mes parents, devant leur démission et leur incapacité notoire de se remettre en question, je fus temporairement pris en charge par une jeune orthophoniste. Ayant quelques difficultés à m'exprimer ( mais comment pouvais-je m'exprimer alors que l'on ne m'écoutait pas ? ), ils se débarrassèrent du problème un peu comme Pilate se rinçant les mains. C'est ainsi que tous le mercredi, je vis défiler bon nombre d'handicapés, c'est ainsi qu'effrayé , je crus moi-même être de cette petite famille et que mes parents me voyaient comme l'un de ces enfants nés avec le poids terrible de la trisomie.
Pendant ce temps là, mon père faisait son fanfaron. Ambitieux, malade des femmes ( ce qui a d'ailleurs fini par ruiner sa carrière ), son empire grandissait de jour en jour. Séduisant comme tout bon manipulateur, belle homme et excellent orateur, il fit, bien après avoir gravit de nombreux échelons, son entrée en politique. Ma mère, narcissique et incapable de se projeter mentalement à la place des autres jouissait du luxe et du confort de vie dont elle avait tant rêvé. Étrangement, elle était également obsédée par son physique. A ce propos, n'était-ce pas mon père qui lui avait appris que son beau cul légendaire était en quelque sorte sa seule monnaie d'échange et qu'en dehors de cela, tout ce qui pouvait sortir de sa bouche n'était que bêtises et hallucinations ?
Devant mon refus obstiné de poursuivre chez cette orthophoniste, mes parents se rangèrent à l'évidence : On ne pouvait décidément rien pour moi ! Ils ne trouvèrent pas mieux que de me confier à ma grand mère paternelle . Ce fut d'ailleurs la meilleure excuse pour eux et l'occasion inespérée de se débarrasser de leurs enfants somme toute un peu trop encombrants. Je rentrais à cette époque dans la cour des grands. Je fis mes premiers pas en cours élémentaire dans une école d'enseignement privée catholique. C'est là que je rencontrai pour la première fois , cette vieille sorcière qui allait devenir mon institutrice et ... Ma tortionnaire. Cette femme m'avait pris tellement en affection qu'elle manifestait ainsi ce trop plein d'amour en me battant devant mes camarades. Et lorsque je dis qu'elle me battait, ce n'était pas une gifle ( aussi inacceptable que puisse être une gifle ) mais de véritables coups à tel point que je me souvins avoir été une fois frappé jusqu'au sang . Comme cela ne suffisait pas, cette vieille sorcière me poursuivit jusque dans mes mercredis après midi et obtint l'autorisation de mes parents avec une perversité sans nom de me recevoir chez elle afin de m'enseigner à coups de flûte et de tartes dans la gueule les rudiments de notre chère langue française. Malgré mes multiples rebellions et ce regard vitreux que je soutenais du haut des mes huit ans, je faisais bien pâle figure. Or, dans cet enfer, il y avait un ange. De cette ordure pourrie jusqu'à l'os, une descendance lumineuse s'était incarnée : un ange descendu du ciel, une jeune adolescente, sa petite fille. Devant mes larmes, Claire prenait ma défense, Claire s'opposait avec une force de caractère extraordinaire à sa grand mère. Claire était mon rayon de soleil, combien de fois ne m'a t-elle pas sauvé des griffes de cette folle allant même jusqu'à la braver physiquement ?. Cette jeune femme que je ne pouvais qu'aimer et admirer tant par sa luminosité intérieure que par son courage exemplaire restera à jamais la preuve vivante de l'existence d'un Dieu perdu dans le néant humain. Les cinq minutes de récréation que j'attendais comme le Messie me donnaient alors la force de résister à cette débauche de violence et de haine. Car au bout de ce tunnel interminable, il y avait Claire. Claire m'accompagnait en me prenant par la main dans son jardin jusqu'à sa balançoire. Elle me parlait alors tendrement, me serrant dans ses bras et m'embrassant, elle me consolait et pensait mes plais. N'était-ce pas là, la manifestation d'un idéal féminin que peut-être inconsciemment, j'ai cherché plus tard à travers les femmes que j'ai aimé ?
Ce n'est sûrement pas ma mère que j'ai cherché. Et ce n'était pas encore Dieu. Le Dieu de l'Église était à l'image de ce prêtre qui exerçait ses fonctions au sein de cet univers macabre. L'abbé D. officiait en tant qu'aumônier. C'est lui notamment qui organisait nos vacances d'été en colonie de vacances. Courtisé par son petit cercle de dindes bourgeoises et réactionnaires , cet imbécile en col romain se prenait pour le Pape en personne. Vous me direz, c'est mieux que d'être pédophile ou assassin. Cependant, ces vacances ne me laissent pas que de mauvais souvenirs, au contraire puisque finalement, j'étais loin de mes parents. Mis à part le formatage faussement chrétien dont certains d'entre nous furent victime ( je détestais rentrer dans une église et méprisais la messe ) , il y avait la campagne, les grands espaces, les ballades et les activités en plein air. Lorsque mes parents n'oubliaient pas de venir nous chercher, mon frère et moi, il leur arrivaient néanmoins de se déplacer de temps en temps. Je me souviens particulièrement d'un évènement : comme de nombreuses fois dans leur vie d'égoïstes patentés, mes parents étaient en séparation. Enfoncée dans son angoisse narcissique, ma mère se souvint alors qu'elle avait deux enfants quelque part, perdus entre Nice et Aix-en-Provence. En réalité, comme elle ne trouvait plus de soutien nulle part, il fallait bien répandre ses vieilles merdes sur quelqu'un. Lorsqu'elle se présenta devant l'abbé, celui-ci refusa de nous confier à ma mère sous prétexte qu'il l'avait décidé ainsi et que les parents n'étaient pas autorisés à voir les enfants durant la totalité du séjour. Disons plutôt que ce système pour le moins curieux et complètement illégal lui servait de prétexte pour étendre sa domination perverse sur des enfants fragiles et influençables. Ce n'est cependant pas ce qui l'empêcha d'accepter mon père qui ne trouva pas mieux que de venir... Avec sa maîtresse. A ce sujet, j'appris des années plus tard par la bouche de ma mère que ce fameux abbé était de collusion avec mon père et qu'il y eut sans aucun doute, une histoire d'argent ou d'intérêt plus ou moins louche entre eux.
Nous étions en 1981 .
18 février 2008
Je joue ( faussement ) le jeu...
...Pour cannelle qui me l'a demandé. Par principe, je n'aime pas m'afficher ( étonnant, n'est-ce pas pour un gars qui parle de sa vie pleine de joie et de gaieté depuis neuf mois ? ) mais je le fais par sympathie envers toi ( ma petite cannelle )
Le ( très beau ) blog qui m'a tagué : http://orangecannelle.canalblog.com/
6 choses sans importance pour moi :
1 - Mes deux enfants ( d'ailleurs, je ne me souviens même plus de leur prénoms... )
2 - Mon ex-femme ( lesquelles ? )
3 - Le passé ( vous l'avez remarqué, je positive toujours et je ne vis jamais dans le passé )
4 - l'alcool ( je ne bois strictement jamais une seule goutte d'alcool )
5 - L'échec de mon mariage et de ma vie sentimentale ( Franchement, j'en ai rien à cirer et je baise toute la sainte journée comme un bourrin )
6 - Mon chat ( je l'ai jeté dans les chiottes ce matin ! )
6 choses importantes pour moi :
1 - Mon père et ma mère ( ils sont tout pour moi, ils ont sacrifié leur VIE pour leurs enfants, j'en ai la larme à l'oeil rien que d'y penser )
2 - L'argent ( c'est vrai que j'ai tout fait pour en avoir et pour me payer mes costards Hugo Boss )
3 - La réussite professionnelle et/ou sociale ( Alors là, j'ai été pire qu'une grosse pouffiasse )
4 - L'ultralibéralisme ( J'ai voté Sarkozy et j'ai foutu le feu dans un local de la LCR )
5 - La télé ( La roue de la fortune est de loin mon émission favorite )
6 - Le dernier plasma à 900 euros en promo chez carrefour ( j'ai même volé le sac d'une petite vieille dans la rue pour me l'offrir )
Voilà, maintenant vous savez à qui vous avez affaire !
14 février 2008
Puis elle me dit "je t'aime"
J'ai rencontré P.lorsque j'ai intégré, il y a de ça bientôt 5 ans, mes nouvelles fonctions. P. était déjà mariée, elle avait 22 ans et c'était une très belle jeune femme blonde. Le matin en allant travailler, je la croisais dans les couloirs et pas une seule fois, je n'ai tenté la moindre allusion ou approche qui se serait d'ailleurs soldée par un échec. Car elle était très amoureuse de son mari. Et moi, j'étais encore marié à cette époque, ce qui, outre mes multiples infidélités était néanmoins un gage assez solide pour m'empêcher de sauter sur tout ce qui bougeait ( c'était d'ailleurs très loin d'être le cas... ).
Deux années ont passé puis nous avons déménagé dans de nouveaux locaux. Cette fois-ci, je ne pouvais faire autrement que de la croiser tous les jours. Ma situation matrimoniale ayant de plus changé, mon regard devint différent. Sans pour autant devenir malsain car je n'avais pas le désir de détruire un couple. En réalité, ce n'est pas vraiment mon regard qui changea...Mais le sien. En effet, le regard qu'elle porta sur moi changea aussi radicalement que le regard qu'elle porta sur elle-même. Si je devins son confident et si peu à peu, elle se rapprocha un peu trop près de moi, ce fut également pour s'éloigner de plus en plus de son idéal, de la vision un peu immature qu'elle avait de son couple avec son lot habituel de clichés qu'on a tous lorsqu'on est jeune. Je n'ai jamais su quel a été l'élément déclencheur de cette crise . Tout ce que je sais, c'est ce qu'elle me confia un soir dans un pub.
P. n'est pas n'importe quelle femme. Du moins, à mes yeux, elle représente autre chose que ce qu'elle dégage physiquement. P. représente pour moi un idéal : elle représente ce que j'ai perdu. En somme, dans son âme et à travers ce qu'elle est, je veux dire, à travers elle, c'est ma femme que je vois. N'allez pas chercher à savoir pourquoi, j'ai l'impression qu'en toutes choses, à travers elle encore une fois, c'est ma femme que je vois, il n'y a pas d'explication rationnelle. P. l' a toujours su. Elle ne s'en est d'ailleurs jamais offusquée.
P. est un idéal, l'idéal que j'ai raté et que je n'ai jamais su accomplir. Inconsciemment, je me suis accroché à ce rêve en me persuadant que je pouvais ainsi réparer avec elle ce que j'avais lamentablement détruit avec Cruella. Et elle a joué ce rôle. Peut-être parce qu'elle m' a aimé ou tout simplement parce qu'elle avait besoin d'être aimée et désirée comme cela.
Notre soirée, le seul tête à tête que j'eus vraiment avec elle fut le fruit du hasard. P. est devenue anorexique. Cela a entraîné chez elle une situation de conflit intérieur extrêmement douloureux et chaotique. Afin de pallier à sa dépression, elle décida temporairement de boire de l'alcool. Par chance ce soir là, je n'étais pas ivre. Mais elle n'était pas vraiment en pleine possession de ces moyens lorsqu'elle me demanda par téléphone de venir la rejoindre au pub. Lorsque je suis arrivé, elle me fit un grand sourire. Elle me dit qu'elle n'en revenait pas "qu'à minuit passé", je vienne la rejoindre. Je lui répondit que pour elle, j'aurais fait bien plus que ça. Je commandais un demi puis elle me regarda longuement en me disant " que j'étais beau" et bien naturellement, je lui dit la même chose. Elle tenta de m'embrasser une première fois mais je refusai. Son portable sonna. C'était son mari. Elle ne voulu pas répondre mais je la persuadai de le faire car il ne fallait pas l'inquiéter "outre mesure", la situation étant déjà bien critique. Elle se mit à pleurer longuement en regrettant amèrement son mariage. Nous étions à ce moment tous les deux le centre de tous les regards mais qu'importe, j'étais avec elle et je la tenais dans mes bras.
P. voulut vomir. Je l'ai ensuite accompagné aux w-c en la soutenant car elle ne parvenait déjà plus à marcher correctement. Elle me demanda de ne pas la regarder. Son petit calvaire dura une bonne demi-heure. Mais j'étais toujours là, à l'attendre, il fallait qu'elle sache que j'étais là pour elle afin de la protéger et qu'elle ne se sente pas seule.
Presque une heure passa, elle était fatiguée mais elle refusa malgré mes nombreuses insistances, de rentrer chez elle. A plusieurs reprises, elle voulu que je la conduise chez moi - ce n'est pas l'envie qui me manquait, j'aurais donné beaucoup pour une nuit auprès d'elle, juste pour la sentir contre moi, sentir son visage contre le mien, la chaleur de son ventre, son odeur, ses seins, sa bouche - mais ce n'était pas ma femme ! Un homme souffrait en l'attendant comment pouvais-je me conduire comme un gars indifférent ? N'avais-je pas déjà fait assez de mal autour de moi ? Combien de personnes trahies et blessées par ma faute ? Naturellement , plus je refusais, plus elle insistait. Elle tenta une seconde fois de m'embrasser et je ne pus cette fois-ci résister. Ce baiser fut un tel plaisir que j'en redemandais encore... Mais son portable qui sonna ma ramena immédiatement à la réalité.
Je l'ai raccompagné avec sa propre voiture. En sortant, nous nous sommes encore embrassés. Je la serrai contre moi et plus d'une fois, je fus tenté de céder à la tentation et de la ramener chez moi. Mais je me fis une raison, c'était impossible.
puis elle me dit " je t'aime"
Pour la première fois depuis Cruella , je lui répondis la même chose. Elle reste l'unique femme à qui j'ai pu dire " je t'aime".
Elle ne revint plus jamais travailler, son anorexie s'aggravant considérablement, à la limite de la mort. Elle fut d'ailleurs internée de force dans un hôpital spécialisé. Mais heureusement, les choses vont beaucoup mieux.
Je ne l'ai plus revu si n'est entourée par d'autres personnes mais les regards que nous nous lancions en disaient longs sur notre histoire. Il y a un mois, je voulu provoquer le destin en lui envoyant un sms et pour lui demander de me rejoindre dans ce même pub. Mais elle ne vint jamais. Elle me répondit néanmoins qu'elle m'aimait mais qu'elle ne pouvait pas venir. Depuis, je n'ai plus communiqué avec elle comme nous le faisions depuis cette fameuse soirée. Elle me manque mais ce n'est pas ma femme. En ne répondant pas à mon invitation, j'ai pris conscience que je m'accrochais à quelque chose d'impossible.
Nous sommes descendus ensemble dans une sorte d'abîme. Il se trouve qu'au moment où j'étais moi-même au fond, elle y était aussi. A travers elle, j'ai cru qu'il était possible d'aimer une seconde fois, elle a été le preuve vivante et palpable de cette possibilité. Peu importent les conditions dans lesquelles cela s'est produit car cette femme m'a offert un cadeau inestimable : celui de croire que je pouvais "être aimé", que je pouvais être ainsi "désiré" une nouvelle fois, non pas seulement par le langage du corps mais par le langage d'un désir qui n'est pas corrompu par le mensonge. Elle me voulait dans ma vérité et ma médiocrité, elle me voulait tout entier.
Ce soir là, elle voulu encore me rejoindre dans mon rêve impossible, seulement me prendre par la main afin de me guider vers une lumière certes éphémère mais si présente...
12 février 2008
Un rêve pour une éternité
J'ai rêvé de quelque chose d'impossible, un fantasme enfoui au plus profond de moi-même. Ce rêve était d'une douceur que je ne pourrais d'ailleurs traduire ici. Il était comme une brise qui caresse le visage, une odeur de parfum qui enivre les sens et qui soulage les vieilles cicatrices.
Ma femme était allongée dans un lit. Il faisait jour. Le vent soulevait des rideaux blancs. Elle était là allongée dans un grand lit, un drap de soie recouvrant à peine son corps, un corps nu dans toute sa beauté. Sa peau était blanche et laiteuse, un peu comme lorsqu'elle était enceinte ou qu'un matin, je l'ai prise en photo avec son ventre rond et que ces yeux brillaient d'amour : Elle avait ce même halo de lumière autour d'elle. Curieusement, j'étais nu aussi mais je n'étais pas dans les draps avec elle, j'étais juste assis sur le bord du lit.
Dans ce rêve, je lui ai dit qu'elle pouvait maintenant se confier à moi, qu'elle pouvait pour ainsi dire, avoir une totale confiance. Elle s'est alors retournée et puis elle m'a parlé de ses amours, qu'elle avait connu deux hommes après moi. Elle m'a même donné leur prénom ( mais je ne m'en souviens plus ). En vérité , je ne ressentais rien d'autre que de la joie, pas de colère, ni de jalousie , elle me parlait librement, elle était redevenue elle-même, délivrée de sa haine et moi, de ma colère.
Je lui ai alors confié mon bonheur de voir que nous pouvions enfin parler et que peut-être plus tard, nous pourrions trouver une solution afin de briser ce néant qui s'est un jour instauré comme un couperet entre nous.
Dans un élan de désir, j'ai voulu l'embrasser mais je n'ai pas osé. C'est elle qui s'est approchée et j'ai ressenti alors ce que je n'avais plus ressenti depuis quatre longues années de traversée du désert : le goût de sa bouche, de ses lèvres comme un vin enivrant et qui coule tout le long de ma nuque. Ce n'était pas seulement ses lèvres que je goûtais, c'était aussi toute son âme.
Mais le rêve a pris fin.
J'ai ouvert les yeux vers 9h30. D'ailleurs, je n'avais pas vraiment récupéré de ma nuit de petite beuverie. La chat me regardait comme à son habitude assis sur le meuble qui surplombe la chambre. Je n'avais pas envie de me lever. Ma tête était lourde. La réalité était bien de retour avec son lot pourri de solitude et d'emmerdes. Ma vie allait recommencer, mes journées de travail, mon sport et mes soirées d'alcoolo devant sa télé.
Je suis presque sûr qu'un jour lorsque je mourrai, je vivrai cet instant pour l'éternité.
C'est peut-être cela la mort.
07 février 2008
A mes deux enfants
" Mon fils, tu es mon rayon de soleil. Tu illumines par ta candeur mes nuits sombres
Tu m'arraches de tes mains aux flammes des passions et de la mort
Mon fils, je t'aimais déjà avant que tu ne naisses
Lorsque tu étais dans le ventre de ta mère, je te parlais et parfois même, je te chantais quelques musiques afin que tu ne se sentes jamais seul et que tu entendes malgré la confusion de ce monde, la voix de ton tendre ami
Le jour de ta naissance, c'est moi qui t'ai baigné dans l'eau.
Mon fils, tu avais peur mais tes larmes ont séchées car j'ai caressé ton front puis j'ai embrassé tes mains, j'ai massé tes pieds et posé mes lèvres sur ton ventre. J'ai remercié l'éternel de ce que j'avais et de ce que je ne méritais pas, je me faisais serviteur afin de mieux t'honorer
Et le serviteur devint père
Puis le père devint l'artisan de ton allégresse
Car n'est-il pas moins vrai qu'un fils est le fruit de l'amour et de la joie ?
J'ai guetté ton regard, j'ai vu la gloire de la création
j'ai contemplé ton âme, j'ai entendu les louanges du ciel
Alors je suis tombé à genoux puis j'ai prié afin de rendre grâce à cet héritage si mystérieux dont tu es le fruit et le doux printemps :
Mon fils, c'est toi qui dès le premier jour m' a donné la vie
Car en vérité, il n'est pas de mots ni de prières que l'on ne puisse prononcer
Il n'est pas d'amour plus grand que l'on ne puisse imaginer
Que celui dont je fus saisi le jour où tu naquis."
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31 janvier 2008
Histoire de chat ( 2 )
Bientôt les chaleurs. Ma petite femelle va hurler dans tout l'appartement et le Big Hippopotamus-Poney-vicelard du dessus va vouloir se la jouer Rocco Siffredi ( alors que soit dit en passant, il est castré, ce nigaud ) . Je la vois venir de loin avec son déhanché de strip-teaseuse hystérique, elle s'approche de moi en se lovant sur tout ce qui bouge, la cochonne ! Je table encore sur deux, trois jours de repos et après, ça va vouloir s'envoyer en l'air avec tout ce qui bouge...
En clair, le vétérinaire dit :
"Les chaleurs des chattes peuvent débuter en janvier déjà suivant l'année de leur naissance et durent jusqu'en été, parfois même septembre. Les signes ne trompent pas, bien que certaines chattes soient plus discrètes : Des miaulements accrus surtout de nuit, une recherche de se frotter aux personnes présentes et de leur présenter leur périnée (région anale et vulvaire) en soulevant de manière suggestive la queue, giclement d'urine. Une perte de sang n'est absolument pas usuelle. Les chaleurs sont continuelles, c'est-à-dire, durent 1 ou 2 semaines, se calment puis reprennent à nouveau jusqu'à ce qu'un mâle ait été rencontré. Ceci pendant toute la saison du printemps. Le coït provoque l'ovulation et des chatons naissent environ 63 jours après. La question de leur placement se pose alors, et de façon encore plus urgentissime à la fin de l'allaitement (2 mois plus tard)."
Mais comme bien entendu, ma chatte n'est pas normale, c'est à dire que sur une quinzaine de chats orphelins à la SPA, on m'a proposé évidemment la plus nympho, voilà ce que ça donne :
" Les chaleurs de ma chatte débutent de septembre au mois de septembre de l'année suivante. Les signes ne trompent pas, et ma chatte n'est absolument pas discrète, rameutant dans le quartier, tout un troupeau de mâles avides de débauche sexuelle et de sexe intensif : Des hurlements accrus de nuit comme de jour, une recherche maladive - frôlant la frénésie - de se frotter non seulement aux personnes présentes mais surtout à l'hippopotame du dessus qui ne pense qu'à se la taper à longueur de journée et de présenter son derrière en soulevant de manière totalement ostentatoire sa queue et des giclements de je ne sais quelle substance tout à fait exécrable. Une perte importante de Q.I ( déjà très bas à l'origine ) est absolument usuelle en cette période car la femelle ne pense qu'au CUL. Les chaleurs sont continuelles, c'est à dire, durent toute la vie ne se calment jamais et se multiplient de plus belle dès que plusieurs mâles ont été essayés en même temps. Le coït infernal provoque alors une réaction en chaîne inmaîtrisable sur ma patience et mes nerfs déjà tant fragilisés. La question de savoir si je dois la jeter par la fenêtre ou pas se pose alors de façon urgentissime à la fin de ma prise de Prozac ( 850 mg/jour ) et de façon encore plus urgentissime en plein milieu de la nuit lorsqu'elle me prend pour son mâle..."
Patience, patience !!!
Mais en même temps, je l'aime cette bécasse à quatre pattes ( en l'air ), c'est ce qui fait sa différence et c'est aussi pour cette raison que j'en ris...
29 janvier 2008
Mais l'amour n'est pas un jeu
Mon cousin travaille dans un casino. Il est machiniste et de temps à autre, il travaille au bar. C'est justement là que ça devient intéressant et particulièrement depuis que j'ai de graves problèmes d'argent. Je peux en effet boire du champagne à volonté. D'ailleurs au casino, on ne boit pas de la bière ou du rhum , il faut afficher une certaine classe, être flegmatique et mesuré. C'est tout à fait moi, n'est-ce pas ? De plus, d'un casino, on n'y sort pas complètement bourré comme on sort du pub le plus pourri et malfamé de Bogota ou de Mexico, on fait au moins semblant de ne pas être bourré. Toute la subtilité de ce lieu de débauche morale se résume ainsi à ça : Afficher le paraître plutôt que l'être. Curieusement et aussi invraisemblable que cela puisse "paraître" justement, c'est dans ce lieu complètement aseptisé que je me sens enfin moi-même. Si on va plus loin, je ressens la même impression de calme et de sérénité que j'ai pu ressentir à l'époque où je rentrais dans des églises . J'ai essayé de comprendre ce qui pouvait motiver un tel sentiment, j'en ai même parlé à mon ami prêtre mais devant sa mine stupéfaite de réactionnaire ( et sa Kalachnikov cachée sous sa soutane ), je n'ai pas vraiment insisté.
Si j'analyse profondément, dans un casino, il y a des gens qui prient pour gagner de l'argent. Dans une église, il y a des gens qui prient pour gagner un miracle. Si le butin est diamétralement opposé, les moyens pour atteindre un but sont identiques : la prière. Le Dieu n'est certes pas la même mais on s'adresse à lui de la même manière, avec la même ferveur et les mêmes sentiments. Je pense que c'est pour cette raison que je m'y sens bien. Parce qu'autour de moi, des gens prient, se concentrent, ne parlent pas et ne crient pas. Ils veulent ainsi croire en quelque chose, ils ont une vraie foi, un vrai désir . En vérité, ces gens là sont plein d'espoirs et de rêves et même si les moyens qu'ils utilisent afin de s'enrichir sont légitimement contestables à cause de l'addiction ( comme l'alcool...) , je ne peux me résoudre à les juger sous prétexte qu'avidité et médiocrité font bon ménage. Après tout, sont-ils plus condamnables que les rapaces en entreprise qui n'hésitent pas à écraser quiconque se trouvant en travers de leur chemin pour gagner un malheureux pécule supplémentaire ? Ou des enfants prêts à tuer père, mère, frères ou soeurs afin d'hériter d'une petite fortune ?
Les joueurs de Casino jouent et perdent leur propre argent et ne font de mal qu'à eux-mêmes.
Accoudé à mon bar, je me noie alors dans cet univers qui est pourtant si éloigné de ce que j'aurais pu imaginer un jour.
Un univers où se lamentent parfois de personnes milliardaires tristes et esseulées...Et en instance de divorce. Un soir, mon cousin me présenta une vieille dame. Je crois qu'elle en était à son deuxième ou troisième whisky. Je n'avais pas vraiment envie de parler surtout pour entendre le mur des lamentations ( le miennes me suffisent généralement ). J'étais plutôt venu pour me détendre et si possible, converser avec la jolie caissière blonde qui me lançait de petits regards en coin de temps en temps. Mais rien à faire, mon cousin lui avait déjà parlé de moi ( à la dame milliardaire ) et de mes emmerdes, il voulait faire un "rapprochement". C'est comme ça que je fis sa connaissance. Assez distant au début, je fus quelques minutes après complètement ému par cette petite dame toute frêle qui se confia d'ailleurs à moi comme si j'étais son propre fils. En me racontant sa vie, sa souffrance et ses déboires conjugaux, elle finit par pleurer. Il était 21h lorsqu'elle décida de nous inviter au restaurant. Dans un premier temps, je refusais mais elle insista tellement que je dus me résoudre.
Ce fut une soirée triste. Elle parla d'un gars dont elle était follement tombée amoureuse mais qui l'avait quitté pour "une minable". Lorsqu'elle me montra la photo du gars en question, je compris qu'avec plus de vingt ans de moins, ce n'était sans doute pas par amour qu'il était avec elle... Toute la soirée, je tentai de lui prouver que la colère ne servait à rien, je voulais la consoler, je la sentais si fragile... Plus elle me parlait, plus elle se mettait à pleurer. Apparemment peu habituée à des gestes de tendresse ou de paroles réconfortantes, elle fondait en larmes devant chacune de mes paroles.
Pour terminer, elle nous invita dans son appartement luxueux, situé juste en face de la mer. Elle me confia encore que sa propre fille l'avait trahi en lui réclamant des sommes considérables et que son beau fils, derrière tout ça, cherchait également à l'extorquer. Elle parla ensuite de son enfance calamiteuse, une petite fille riche mais brimée par un père tyrannique et une mère complice. Enfin, elle m'avoua que son époux l'avait trompé toute sa vie durant et qu'aujourd'hui, elle aspirait seulement à avoir un peu d'amour et de tendresse. A deux heures du matin, elle me demanda de lui parler de mon histoire. Je lui confia quelques bribes de ma vie palpitante afin de lui montrer qu'elle n'était pas si seule que ça. Elle voulu également savoir si j'avais trompé ma femme. Je lui répondis par l'affirmative. Je rajoutai que tout était de ma faute, que j'avais été un mauvais mari, un mauvais père et que désormais, je vivais rongé par le regret. Puis il y eut un long silence durant lequel elle me regarda droit dans les yeux. Elle m'avoua que jamais elle n'avait ressenti un tel amour "d'un homme envers un femme"... Et qu'elle "le voyais dans mes yeux" comme quelque chose de pur et de vrai. Je pris une dernière gorgée de whisky ( de toute façon, qu'est ce que cela pouvait changer que mon amour pour Cruella soit si fort ou pas, pur ou malsain ?) et sans doute parce que je me sentais fatigué, je voulus rentrer chez moi.
Je quittai mon cousin sur le parvis d'un parking puis je pris ma voiture.
En y repensant, je préfère que Cruella me répète encore que je ne l'ai jamais aimé. C'est moins douloureux et surtout plus supportable.
J'ai revu cette dame, un autre soir au casino : Elle est restée rivée toute la soirée devant sa machine à sous. C'était mieux ainsi après tout. Mieux pour elle, mieux pour moi.










