27 juillet 2011
Dédicaces
Peut-être que je ne l'ai jamais dit mais je dédis ce blog à mes deux fils, Paul et Philippe. Je leur dédis tous ces moments beaux et difficiles que j'ai " partagé" aussi bien seul qu'avec eux
Que ce blog soit pour eux le témoignage visible de ce que j'ai vécu intérieurement durant les premières années de mon divorce et de ce qu'ils n'ont pas pu voir avec leurs yeux d'enfants et qu'ils verront peut-être si le hasard ou le destin le veulent
Je dédis également ce blog à tous les divorcés, hommes ou femmes qui vivent en ces heures mêmes, en ces minutes, en ces secondes où j'écris ces quelques lignes, l'enfer de la séparation.
A celles et ceux qui vivent, seuls, étrangers de tout, qui vivent au plus profond d'eux-mêmes, la déchirure épouvantable de ne plus être aux côtés de leurs enfants
Aux alcooliques, aux drogués, à ceux qui par dépit ou désespoir ont abandonné leur vie "d'avant" pour devenir des hommes et des femmes de "l'ombre", ceux qu'on croise souvent mais qu'on ne voit jamais et qui pourtant demeurent à chaque coin de rue tels des mendiants de l'amour
A mon ex-femme, Virginie , ne te braque pas et lis ces lignes du passé comme étant le témoignage de ce qui FUT à l'époque et de ce qui N'EST PLUS aujourd'hui
Par le divorce, tu m'as donné la mort pour je revive enfin
Ces cinq années d'enfer ont été grâce à toi et sans même que tu le veuilles, les plus belles de ma vie
Parce que désormais, je sais qui je suis, celui que je n'ai pas été et celui ce que je ne serai jamais
09 mars 2010
Céline
Si ma mémoire défaillante est bonne, Céline était à l'époque une jeune femme de 22 ans. Une nymphette "généreuse" dans ses formes, ni grosse, ni maigre pourvue d'une sensualité voluptueuse, à la peau blanche et très claire, tout comme l'étaient d'ailleurs ses grands yeux verts. Elle devint "mon premier amour" ou disons plutôt, ma première expérience "longue durée" ... Hélas aussi, bien avant l'indomptable Cruella, ma première passion destructrice.
Je l'ai rencontré pour la première fois en 1992 alors que je venais tout juste d'intégrer, après l'armée, un foyer de jeunes étudiants. Lorsque pour la première fois, je l'ai aperçu à travers l'entrebâillement d'une porte , j'avoue que je n'ai pas été captivé, dans un premier temps, par cette beauté froide. Elle était là, assise autour d'une bande de copains sirotant son verre d'alcool. J'appris quelque temps plus tard de sa bouche qu'au même instant, rien qu'en me regardant, elle savait qu'un jour ou l'autre, nous vivrions notre propre histoire.
Ma première année passée dans ce foyer fut marquée par ses nombreuses visites et si dans un premier temps, du moins visiblement, cela ne me concernait directement, peu à peu, Céline redoublait d'effort pour cacher l'intérêt grandissant qu'elle me portait. Jusqu'au jour où ( pluvieux, je me souviens ), elle m'invita dans sa voiture pour aller faire une balade. Bien qu'étant conscient de son léger penchant affectif, ce qui s'annonçait pour moi comme une simple sortie entre amis s'avéra être en fait une ultime déclaration d'amour. Et c'est en larmes qu'elle m'avoua ses sentiments. Il faut bien savoir qu'à cette époque, non seulement, je ne partageai pas forcément les mêmes désirs mais de plus, j'envisageai très sérieusement la possibilité d'un engagement religieux. Tout cela eût pour effet de déclencher chez elle un redoublement d'émotions plus ou moins confuses et je l'imagine aujourd'hui, bien difficiles à gérer pour une jeune femme de son âge. Je n'hésitais pas à la prendre dans mes bras ( ce qui dû encore moins lui faciliter les choses ! ) afin de la consoler, de la rassurer.
Un an et demi plus tard, après avoir essuyé un premier échec (nombreux par la suite) dans mon choix de vie, je la recroise sur un boulevard, mère d'une ravissante petite fille. J'y reviendrai dans la partie 2.
Pour l'instant, je voudrai préciser deux ou trois choses pour bien mettre en évidence un contexte très particulier :
Je travaillais alors dans une entreprise de nettoyage en tant que laveur de vitres au sein d'un grand centre commercial. Période difficile s'il en est , mes horaires n'étant pas de tout repos. Je ne voyais personne, vivant complètement seul et à 20 ans, cette destinée de jeune faux ascète en herbe ne me convenait absolument pas. S'ajoutait à cela, une timidité extrême, un manque de confiance en moi à faire éclater de rire une gamine de 5 ans et une frustration sans nom héritée de mes précédents échecs. Je vivais comme une sorte de zombie, coupé des réalités et idéalisant de plus en plus le mariage et les enfants. Etait-ce en réalité une échappatoire par rapport à ma vie de jeune homme mélancolique et solitaire ? L'avenir ne me le confirma pas. De plus, je sortais d'une année complète passée dans les montagnes auprès de mon ami prêtre ( Lire Au bout du Chemin I et II archives de juin 2007 ), une véritable épreuve pour les nerfs. Autour de moi, l'avenir étant bouché, je me heurtais donc à des murs en béton , pas d'avenir professionnel en perspective non plus. Dans ce marasme opaque et sans issue, je m'accrochais à des petites habitudes de vie , ce qu'on appelle "le train-train quotidien" avec son cortège de faux-semblants et de déprimes interminables. Ce fut là ma première et dernière tentative de suicide "violent" au révolver si bien sûr, l'on excepte la tentative de mort "lente" à l'alcool des années plus tard . Le 7/65 appartenait à mon père. Je l'avais discrètement dérobé chez lui quelques semaines auparavant. Il était chargé de plusieurs balles et comme pour retarder incosciemment l'éventualité d'une issue fatale, je prenais soin de le charger et le décharger nerveusement.
Mais il n'en fut rien. Je n'ai jamais su trouver le courage d'appuyer sur la détente. Si ce n'est pas par pure folie, il faut en avoir une sacrée paire dans le pantalon et une volonté presque surnaturelle à vouloir se supprimer. Ce courage, je ne l'avais même pas et pourtant, il s'en est fallu de peu, les occasions ne manquaient pas. Révolver braqué sur ma tempe, un simple bruit ou même un simple courant d'air auraient pu me précipiter dans l'autre monde.
Un suicide par accident.
Situation comico-tragico-stupido-lamentable.
On peut donc imaginer après toutes ces émotions qu'elle ne fut pas ma surprise lorsque Céline débarqua un beau soir de Mai 94.
22 février 2010
Le temps qui passe devient le temps qui reste
Après mon expulsion, j'ai eu la chance de trouver un nouveau logement dans l'est de la ville. Ce n'est pas tout à fait l'endroit rêvé en terme de paysage mais peu importe, l'important, c'est de trouver un abri assez confortable où dormir et de s'y établir pour un temps. Alors que des mères de famille, souvent seules et désemparées sont jetées comme des malpropres dans la rue avec leurs enfants, j'affirme avec une certaine "honte" que je fais parti de ces nantis qui ont eu la chance d'être relogés. Abandonnées par la société, ces femmes sont écrasées par un système économique construit de toute pièce afin d' anéantir les plus faibles et les plus fragiles d'entre nous. Ce sort est aussi réservé à nos jeunes et à nos aînés, fragiles parmi les fragiles...Dans ce contexte des plus exécrables, j'ai eu cette chance imméritée et pas un jour ne passe sans que des drames relayés par le presse nationale me le rappelle.
Cependant, les bruits et les odeurs de la vieille ville me manquent . De temps en temps, je repasse dans les ruelles étroites qui ont marqué une étape important de ma vie. J'ai titubé dans ces rues, j'y ai vomi mon trop plein de rhum et de révolte. Chaque endroit me remémore chaque évènement troublant : bagarres, larmes ou cris. Ces multiples expériences ont façonné celui que je suis devenu maintenant. Là, contre la façade de l'Eglise, cet SDF à l'allure d'un prophète biblique et qui tout en m'ordonnant à voix haute d'accepter finalement ce destin contre lequel je luttais bien inutilement me promettait de meilleurs lendemains . Là encore, ce pub ( parmi tant d'autres ) où j'ai rencontré V., aussi dépressive et désemparée que je ne l'étais... Il y a tellement de choses qui refont surface... C'est un peu comme si j'ouvrais ce blog à la manière d'un livre : tout y est écrit noir sur blanc et lorsque j'ai parfois tendance à me perdre dans les méandres de la médiocrité ambiante, je reviens à cette source ultime, vraie, entière, là où durant une étincelle de cycle de vie, je fus vraiment "moi-même".
Aujourd'hui, ce vieilles ruelles ont laissé place à des centres commerciaux, des ponts et des voies rapides. Mon petit deux pièces HLM donne aussi sur une cour où des enfants jouent après l'école. J'ai une large terrasse, terre de prédilection de Princesse, ma jeune chatte, également lieu de réjouissances gastronomiques en été. Je vis dans un quartier populaire où les gens se croisent, se connaissent mais ne se parlent pas souvent. Désormais, lorsque je sors, ce n'est plus pour aller boire mais pour y faire mes courses ou bien pour aller travailler. Par le terminus, j'empreinte régulièrement l'unique ligne de tramway. La routine habituelle en somme. J'ai fait la connaissance de mon voisin de pallier, d'origine somalienne, divorcé et père de trois magnifiques filles. C'est un homme très sympathique qui aime échanger. En dehors de ces quelques rares contacts, je vis dans cet îlot un peu tristounet, retiré des sarcasmes du centre ville et profitant du peu que je possède au gré de ma situation financière toujours chaotique.
La tempête est passée mais au fond de moi, je sais que le soleil ne reviendra pas. Quelque chose est définitivement cassé, brisé en milles morceaux. Même en compagnie de ma chère et tendre petite amie , bien que je ne demeure pas sous le même toit, je ne trouve ni même ne cherche ce qu'on appelle un peu gauchement "le bonheur". Pourtant, je suis tout près d'elle, je lui tiens la main mais sans être vraiment là, tout autant absent de ma vie sentimentale que professionnelle : après le ras de marée des émotions destructrices est venue le temps du calme plat.
Je ne sais pas vraiment jusqu'où ça ira . Cette relative sécurité ne me rassure pas pour autant car je sais que derrière le masque de ce train-train quotidien se cache une autre réalité, réalité dont j'ignore encore la véritable signification.
Quelle est cette signification ?
Je n'en sais rien.
On vit et meurt. On part pour une nouvelle vie ou bien, on la termine.
Je rentre le soir, je donne à manger au chat puis, plus tard, je m'endors sur mon canapé en regardant un vieux film ou un péplum cent fois vu. Ainsi, j'oublie les factures et les créanciers que je ne pourrai pas payer le lendemain, j'oublie mes ennuis de la journée, je me laisse bercer par la pâle luminosité du soleil couchant. En bruit de fond, j'entends l'écho de familles ou de couples qui se font et se défont...
Mais bientôt arrivera le week-end, mes fils seront à la maison. Ils sont le seul lien solide que je garde avec ce monde que je vois passer et dont après en avoir été l'acteur, je redeviens lentement mais sûrement, le triste spectateur.
19 février 2010
Luc
En 1993, alors que j'ai 20 ans et après une expérience troublante dans l'armée , je décide de rentrer au séminaire. C'est là que j'ai fait la connaissance de Luc. Luc était déjà plus âgé et donc plus "solide" et expérimenté que je ne l'étais. Malgré cela, son expérience au sein de l'Église Catholique en tant que futur candidat au sacerdoce s'est soldée par un cuisant échec. Il y a selon moi plusieurs raisons à cela : la première est sans doute liée aux conditions dans lesquelles il a exercé ses premières années d'études. Admis dans un séminaire italien fortement réactionnaire, royaliste et traditionaliste, il s'est pour ainsi dire "perdu" dans ce milieu malsain où dominaient suspicion, homosexualité "refoulée"et bêtise humaine. La deuxième raison, c'était aussi son manque de "constance" et d'assiduité du point du vue de sa personnalité, traits caractériels très prononcés chez lui car Luc est de nature cyclothymique. De plus, Il rentre de temps en temps dans des phases de dépressions plus ou moins graves.
J'ai appris plus tard que le supérieur s'était servi de ce prétexte pour le mettre à la porte ( à coups de pieds au cul et sans bénédiction ) . Luc ne l'a jamais accepté. A 40 ans passé, il est retourné vivre chez ses parent, le coeur serré, l'âme rebelle et colérique.
Depuis son retour à N, il a alors enchaîné de très rares petits boulots qu'il ne parvenait d'ailleurs jamais à garder.
Hier soir, je suis allé voir Stéphane, mon ami prêtre et il m'a annoncé la nouvelle : plus de 10 ans après, Luc a décidé de reprendre le flambeau. Cette fois-ci, pas dans les mêmes conditions : d'une part, ce sera tout près de sa ville natale, et dans un séminaire diocésain d'autre part, les conditions d'encadrement ne seront plus du tout semblables : le décor sera beaucoup plus sain. Pas d'intégristes pathologiques, ni d'illuminés millénaristes à guitare et sandales, juste des gens "normaux" qui cherchent seulement à trouver un sens à leur vocation...Ou à leur vie.
Dans l'ensemble, je garde un bon souvenir de mes années passées au Séminaire ( voir également archives du blog "Au bout du Chemin part I et II, Juin - juillet 2007 ) . J'y ai fait des rencontres enrichissantes parfois regrettables mais c'était une expérience unique. Avec le recul, 16 ans plus tard, je ne porte pas le même jugement. Curieusement, certaines de ces expériences ont refait surface lors de mes délires d'alcoolique notamment celui où j'avais balancé au responsable des vocations - non sans une certaine arrogance - mon refus définitif de rentrer "dans les ordres". Si je me suis souvenu de ce grand tournant , c'est pour une raison bien simple : j'eus la brillante idée de lui faire une confidence stupide et sans doute la plus grande connerie de ma vie : me marier un jour.
Telle une jeune princesse prépubère un peu nunuche, j'idéalisai le mariage comme étant la seule alternative à ma profonde solitude. N'était-ce pas le pire remède aux souffrances que j'avais intérieurement subi étant enfant ? Malheureusement, l'avenir me le prouva. Si je n'avais pas trouvé la réponse à mon vide intérieur au sein de l'Église, pourquoi dans ce cas ne pas "essayer" le mariage ?
Luc a peut-être trouvé son chemin.
Si de mon côté, je crois bien avoir cessé de le chercher, c'est un peu de moi qui part secrètement avec lui.
17 février 2010
Je t'aime moi non plus
Rentrée 2008, j'apprends par la bouche de mon plus jeune fils que "maman s'est installée avec son nouveau copain". Je me souviens particulièrement de ce jour-là car je devais accompagner nos deux enfants à l'école en compagnie de leur mère. Petit Paul est descendu le premier pour m'annoncer la dure nouvelle. Il faut dire que depuis notre séparation, je m'étais déjà préparé à cette ( inévitable ) éventualité. Dans la douleur, je l'avais longuement mûri en moi comme si je m'étais psychologiquement préparé à la fin d'un pénible voyage. Cependant, sur le moment, j'eus l'impression d'avoir un peu sur estimé mes capacités "d'encaissement", si je puis m'exprimer ainsi. Drôle de sentiment : ce que je ressentais était à la fois une forte douleur mais aussi une sorte de libération. Le problème c'est que, sur le moment, ce n'était pas vraiment la libération mais plutôt la douleur qui prédominait. Je devais avoir le visage blême car mon fils me demanda à plusieurs reprises si ça "allait". Le plus difficile, je devais l'affronter quelques minutes après. Cruella acheva de me poignarder lorsqu'elle refusa d'accompagner nos enfants à mes côtés de sorte qu'elle nous suivait à une distance d'au moins 50 mètres ( pour une raison que j'ignore encore ).
Je me sentais humilié, abattu.
Tant bien que mal, je luttais pour faire bonne figure devant nos deux enfants. Je marchais droit devant moi, la gorge tellement nouée qu'à plusieurs reprises, je manquai de me faire démasquer. Sous des lunettes de soleil, je cachais mes yeux qui auraient pu trahir la moindre émotion. Mais il fallait tenir au moins jusqu'à l'établissement scolaire, retenir les derniers sanglots que j'eus pour cette femme. Mes fils me parlaient, je les entendais à moitié, sonné et titubant presque. Quelle souffrance ! Quelle souffrance qu'un amour définitivement perdu ! Un jeune homme de 24 ans allait désormais partager sa vie, partager la vie des enfants, un gars que je ne connaissais même pas ou que j'avais à peine vu ... De loin.
Je ne suis pas resté jusqu'à la fin de la réunion d'accueil. Je crois, si je me souviens bien, que j'ai sangloté tout seul dans ma voiture.
Maintenant, un peu plus de deux ans après, il n'est pas difficile d'imaginer que ce fut le point de départ de mon deuil. Je peux même l'affirmer aujourd'hui et je dirai pourquoi dans un futur article. Dans mon inconscient, je refusais d'admettre que Cruella ne voulait plus de moi. Ses multiples attaques ou agressions n'avaient guère suffit à me décourager, bien au contraire. Après tout, peu importait qu'elle me haït ou qu'elle m'aimât, ces deux sentiments opposés se rejoignaient pour ne faire qu'une seule et même volonté. Je compris alors toute la signification "prophétique" de cette phrase : "je t'aime moi non plus", tirée d'une célèbre musique de Serge Gainsbourg, sujet sur lequel 4 années auparavant, notre psychologue pour couple voulait que nous méditions. Ce que j'étais incapable de comprendre ou d'analyser à cette époque, je l'avais non seulement compris 4 ans plus tard mais mieux encore....Je l'avais vécu.
11 janvier 2010
Un retour en petite pompe
Presque deux ans que je n'ai plus rien écrit. Deux années durant lesquelles beaucoup de choses se sont passées. Ce serait un peu long à écrire. Et puis, je ne crois pas qu'il serait bien utile de tout dire, de tout expliquer.
Mais alors, pourquoi revenir ici ?
Même si ma vie a bien changé notamment en ce qui concerne mes problèmes avec l'alcool, je crois néanmoins que je n'en ai pas tout à fait fini avec mon passé. Il reste encore quelques endroits inexplorés un peu comme dans les vieux greniers abandonnés et poussiéreux de nos mémoires où des souvenirs récurrents refonts parfois surface. Souvent, j'ai voulu en finir avec ce blog ( comme avec mon passé ) mais finalement, en y pensant bien, ce qui me permet de vraiment exister et de rester moi-même, de rester "vrai", c'est justement ce lien étroit et intime que j'entretiens avec lui. "Poubelle la Vie" me replace dans la réalité vécue et me rappelle comme un grand coup de pied au cul que j'ai encore bien des choses à apprendre.
Mais venons-en à l'essentiel : très brièvement , que suis-je devenu ?
J''ai été expulsé de mon appartement, il y a moins d'un an. A une semaine près, j'étais à la rue. Fort heureusement, j'ai réussi à trouver une solution de remplacement : logement à loyer très modéré et confortable. Bien entendu, j'ai menti ( associal ) au bailleur ( social ) en cachant non seulement mes dettes, mon dossier de faillite personnelle à la Banque de France et mon interdiction bancaire. Et le bouquet final : j'ai caché mes 7000 euros d'arriérés de mon ancien appartement. J'ai eu beaucoup, beaucoup de chance. Malgré tout, à l'heure actuelle, je suis toujours en grave surendettement (on ne change pas une équipe qui gagne ! ) . Pire encore que ce que je traînais comme casseroles depuis 2004 car les dettes se sont accumulées. Elles ne se sont même pas stabilisées.
"J'en ai fini" avec l'alcool depuis facilement deux ans. Je ne bois plus une goutte. Ce qui m'a permis de sortir de ma dépression. Mais je ne suis pas pour autant à l'abri d'une rechute éventuelle. Dans la vie, tout peut arriver très vite. Nul n'est intouchable. Parfois, il m'arrive de penser à me torcher la gueule , juste comme ça, c'est comme une sorte de pulsion morbide. Juste pour le plaisir de sentir le saint breuvage couler dans mes veines et envahir lentement mon cerveau. Non pas ( cette fois-ci ) pour échapper à la souffrance insupportable, la solitude ou, comme je l'ai dit plus haut, à l'illusion d'échapper à la dépression mais plutôt parce que c'est une force obscure qui agit en moi. Le corps se souvient. Je dirais que c'est quelque chose de physiologique. Mais ça ne dure jamais bien plus de 10 minutes...Et encore, peut-être une à deux fois par mois ?
J'ai une petite amie depuis plus d'un an. Elle a 26 ans et c'est un petit bijoux. Je l'aime mais je sais que je ne ferai jamais ma vie avec elle.
03 septembre 2008
Des larmes sur tes joues
Lorsque je pense aux évènements marquants qui jaillissent dans ma mémoire, il me vient à l'esprit le souvenir de ces interminables nuits de disputes que je partageais si joyeusement avec Cruella. Et plus particulièrement, ses nombreuses crises de larmes et son acharnement presque maladif à vouloir faire de moi, celui que je ne pouvais être à l'époque et que peut-être probablement, je suis devenu bien plus tard. Lorsque j'y pense avec les éléments dont je dispose aujourd'hui, il me à vient à l'idée que ce qui me semblait à l'époque le plus gênant, ce n'étaient pas ses larmes mais sa volonté, comme je l'ai dit plus haut, de vouloir faire de moi ce que je n'étais pas. C'est à dire, quelqu'un de continuellement braqué sur elle, un peu comme un père trop attentionné ou envahissant . Sans doute était-ce tout à fait légitime et justifié mais il restait néanmoins une part d'égoïsme en elle car en vérité, le but de tout cela était que je me consacre corps et âme à tous ses désirs, que mon existence se suffise ainsi à elle seule et à ses immenses besoins. Pour d'obscures raisons encore inconnues - car je l'aimais vraiment, j'en ai aujourd'hui la conviction malgré mes multiples frasques - je n'ai jamais pu vraiment l'accepter. Cela m'a valu des nuits mouvementées de caprices et de larmes. Ce qui me choque aujourd'hui, ce qui me fait mal, ce sont pas tant les exigences ou ce qu'elle voulait m'imposer ( ne jamais sortir sans elle, l'accompagner partout, ne penser qu'à elle et n'aimer qu'elle à n'importe quel prix et surtout, tout lui pardonner ) mais ses larmes de souffrance qui inondaient son visage comme si j'étais devenu sa drogue et que je refusais implacablement de me "perfusionner" en elle . Je refusais de l'aider et surtout de la comprendre me cloisonnant dans une sorte d'indifférence dont encore aujourd'hui, j'ai tant de mal à saisir l'étendue.
Qui étais-je en réalité ? Au début, en me victimisant, je pensais n'être que la simple "addiction" de mon enfance et que donc mes comportements vindicatifs et rebelles étaient pour ainsi dire "justifiés" . Mais en réalité, bien qu'objectivement vrai, je n'étais qu'un jeune petit con de 23 ans.
Si c'était à refaire, plutôt que de me victimiser bêtement et de me complaire dans l'orgueil ou la vanité, j'aurais pour ainsi dire consacré ma vie à la sortir de son propre guêpier affectif. C'est en grandissant ceux qu'on aime le plus que l'on grandit soi-même. L'amour, dans son idéal, ce n'est pas la fusion désordonnée de deux êtres, il est communion et dans cette communion, il y a un échange spontané et gratuit : C'est ce même échange qui fait grandir. Par conséquent, aimer "l'autre", c'est vouloir le faire grandir.
Or, Je ne me pardonnerai jamais de ne pas l'avoir fait.
il y avait des mains que je refusais de lui donner dans la rue, des départs en pleine nuit et souvent injustifiés du foyer conjugal provoquant une douleur incroyable en elle, des réflexions stupides ou des mots pouvant directement la heurter sans même que je ne m'en rende compte.
Un soir de 99, je rentrais chez moi en pleine nuit à la fin d'une soirée passée avec des amis, rien de bien compromettant. Elle m'attendait. Lorsque j'ai passé le pallier, sous prétexte que je n'étais pas rentré à l'heure et que surtout, je ne l'avais pas prévenu comme il se devait, elle se précipita sur moi en hurlant et en me frappant carrément . Elle me prit violemment le poignet puis de rage et de fureur enfonça ses ongles dans ma peau. Ce fut une douleur atroce ( j'ai d'ailleurs gardé les cicatrices pendant des mois ). Afin de me libérer et dans un réflexe inacceptable vis à vis d'une femme, je lui balançais la seule gifle qu'elle reçu de moi dans sa vie. Elle me lâcha immédiatement puis se précipita dans notre chambre en pleurant plus amèrement. Dans ce contexte orageux, je choisis de dormir dans le fauteuil du salon et de ne pas la rejoindre. Une heure passa puis sans que je ne réalise de suite sa présence, elle se présenta à moi toute nue, les seins lourds, les bras repliés sur son ventre, le visage en larmes. Malgré les insultes qu'elle me balançait, elle tremblait de tout son corps. Je fus alors saisi d'effroi et un flot de tendresse me traversa, je voulais la protéger, la prendre dans mes bras et me noyer littéralement en elle. En une fraction de seconde, je n'étais plus ce gars un peu froid et indifférent, je fondais d'amour. A moins d'être un monstre, il était impossible de ne pas succomber à son mal être...Nos larmes se mélangeaient lorsque nos visages se touchaient et que nos lèvres s'enlaçaient...
Nous passâmes le restant de la soirée serrés l'un contre l'autre.
Au petit matin, mon poignet avait laissé place à un gros hématome et bien entendu, sa joue portait encore la trace de ma gifle...
il y a quelque jours, j'ai invité un jeune couple d'amis venir dormir à la maison avec leur bébé. Ils ont de graves problèmes d'argent, peu de personnes leur viennent en aide alors je fais ce que je peux avec les moyens du bord. Je sais qu'ils aiment mon appartement et qu'ils s'y sentent bien. Alors, pour une nuit ou deux, je leur prête ma grande chambre et moi, je dors dans le salon. Cependant, il n'y pas que les problèmes d'argent, ils ont aussi des problèmes de couple. Je sais que sa femme qui a 20 ans ne l'aime plus ( elle me l'a confié elle-même ). En ce qui concerne son homme de 22 ans, c'est curieux mais il me fait penser à moi au même âge. Pour cette raison, je me suis pris d'affection pour lui, un peu comme si c'était mon petit frère. Il aime sa femme. Certes, à sa manière mais il l'aime. Ce soir là, il s'est présenté seul chez moi car sa femme avait été retardée à cause de sa mère. Je lui ai préparé un bon repas arrosé de deux bonnes bouteilles de rosé bien frais. En réalité, c'est surtout moi que me les suis arrosées...
Une heure passe, puis deux heures...Je commence à lire dans ses yeux une certaine angoisse,de l'appréhension. Je lui conseille vivement d'appeler sa femme et malgré cela, ses appels restent sans réponses. Trois heures passent, je suis vraiment inquiet. il fait d'interminables aller-retours entre la table de cuisine et ma fenêtre. Je sens la tension monter en lui mais curieusement, c'est moi qui suis le plus déstabilisé car j'ai l'impression qu'il y a un coup fourré. Sa femme rappelle finalement en disant qu'elle arrive mais sans donner d'explication précise pour son retard. Je suis consterné par ce comportement et je décide de les laisser tous les deux et d'aller boire un coup au pub. Je décompresse, je prends mon temps, je veux être tranquille et écouter de la musique en sirotant ma guiness mais rien n'y fait, ils m'appellent maintenant tous les deux puis me demandent de rentrer. Ne peuvent-ils pas rester seuls en couple et faire un peu leur vie, de profiter, seuls, de ce nouvel espace que je leur offre pourtant avec plaisir ?
J'ai fini par rentrer juste une heure plus tard. Lorsque j'ai passé le seuil, sa femme m'a demandé un peu ironiquement ce qui n'allait pas. Je lui ai répondu que la moindre des honnêtetés aurait été de prévenir, qu'importaient les raisons. Car les raisons étaient celle-ci : elle était aller rejoindre ses amis dans un pub. Tout ça sans prévenir. Elle ne comprit pas ma réaction. Je lui fis comprendre en lui expliquant que son homme avait des raisons très légitimes d'être surpris et que s'il ne l'était pas, moi je l'étais à sa place...Je sentis une colère intérieure monter en moi telle une immense vague, j'avais l'impression qu'elle jouait, qu'elle mentait à tout le monde puis...
Je fus saisi ( presque comme envoûté ) par le souvenir de cette soirée où je rentrai si tard pour les mêmes raisons et les mêmes fausses justifications. Ma réaction psychologique ne fut ni plus ni moins semblable à celle de Cruella, j'étais Cruella :
Je ressentais ce qu'elle avait dû ressentir en ce sombre soir de 99.
Le lendemain, sa femme me confia qu'elle avait eu peur en me voyant comme ça car elle avait vu une force très négative et violente en moi.
Pour d'autres raisons, ils passèrent leur journée à se disputer et à se battre que ce soit dans la rue ou dans les magasins.
Dans ces conditions, j'ai choisi de les laisser seuls toute la journée...
01 septembre 2008
Et je suis un revenant
Six mois. Six mois pour prendre la décision de revenir ici. Je croyais pourtant en avoir terminé avec mes états d'âme de divorcé dépressif et ( semi ) alcoolique. Et bien, encore une fois, je suis allé trop vite. C'est vrai, je fais toujours tout trop vite, je ne prends jamais le temps de rien ( si ce n'est de me prélasser devant les rares bouteilles que je parviens rarement à m'acheter...). Pourtant, rien ne me prédestinait à revenir. Je n'ai pas eu de déceptions particulières, Cruella ne s'est pas remarié et s'est même assagie avec le temps, je ne suis ni plus, ni moins amoureux de cette peste et grâce au Père Éternel, nos deux fils se portent à merveille.
Alors quelles sont les raisons de ce revirement soudain ?
Si j'analyse un peu plus profondément, j'en viens névitablement à la conclusion suivante :
Soit, c'est parce que je suis toujours dans la merde et que je n'arrive toujours pas, quatre ans après, à m'en sortir( ce qui est toujours le cas, on ne change pas une équipe qui gagne ! ), soit je suis encore plus dans la merde qu'avant ! Il est vrai que l'écrire, partager publiquement ses émotions, ça apaise, ça rassure, on déverse nos angoisses de psychotiques en nous donnant l'impression de les partager. Pour cette raison, pour ce besoin évident, j'ai décidé de revenir et de terminer définitivement ce que je ne suis pas parvenu à achever, il y a quelques temps.
Cette semaine, je vais donc reprendre du poil de la bête afin de développer tout ce qui s'est passé depuis six mois...Et il s'en est passé des choses ! Nous irons à l'essentiel en commençant par le plus récent mais tout en gardant le ligne directrice de départ : confondre par écrit une grande partie de ma vie avec des éléments présents afin de décrypter ce qui a bien pu m'amener là...
Content de retrouver ce blog après tout !
19 mars 2008
Je tire ma révérence
Il est peut-être temps de s'arrêter là. Ce n'est pas parce que je n'ai plus rien à dire. Vous vous en doutez, j'ai encore vécu beaucoup de choses. Ce n'est pas parce que j'en ai définitivement terminé avec mon passé, mon présent ou mon avenir. Mais parce qu'aujourd'hui, je souhaite passer à autre chose.
J'ai commencé ce blog, il y a neuf mois. Au fil du temps, j'ai eu la joie de dialoguer avec certains d'entre vous, mes fidèles lecteurs. Je veux dédier tous ces écrits et ces petits fragments de vie à vous seuls et à mes enfants. Ils resteront sur la toile comme une trace de mon passage "virtuel" dans vos existences, parfois modestement dans vos pensées. Vous vous êtes souvent reconnus en moi comme moi, je me suis reconnu en vous. Nous sommes un peu liés quelque part et je ne crois pas au hasard. Vos interventions ici ne sont pas dénuées de sens, loin de là, elles sont au contraire le signe visible d'une solidarité humaine qui dépasse les frontières du numérique. La nature humaine reprend toujours ses droits, bon ou mauvais mais dans ce qu'elle a de plus beau, elle transcende les clivages et les distances.
Merci à toutes à et tous mais je tire ma révérence !
Je vous ai livré avec confiance une grande partie de mon intimité, ce n'était pas rien. Vous avez découvert de nombreuses facettes de ce que je suis. Le bon comme le mauvais, ce qu'il faut garder, ce qu'il faut jeter. "Poubelle la vie" n'est pas une forme de rédemption ( j'irais jusqu'à donner ma vie pour racheter mes erreurs ! ) , la rédemption d'un type qui fut mauvais par le passé et qui chuta lamentablement dans les pièges de la médiocrité, ce n'est pas non plus un appel à la compréhension et au pardon, ce n'est surtout pas une demande de justification comme si le personnage que j'étais devenu - froid, narcissique et égocentrique - était forcément le résultat ou la somme d'une enfance désenchantée et écrasée : C'est juste une histoire qui ressemble à beaucoup d'autres, elle est une partie de ce qu'est celle de tous les hommes et femmes, une partie de votre histoire, de ce que nous sommes, capables, hélas du meilleur comme du pire. Je suis responsable de mes actes et il n'y a pas de circonstances atténuantes, je n'en veux surtout pas ! Je ne suis pas une victime car une victime ne fait pas souffrir des innocents comme j'ai fait souffrir ma femme - et qui souffre encore - , une victime ne fait pas souffrir des enfants en provoquant un divorce ! Et si j'ai parlé de mon enfance, ce n'est pas, je le répète, pour justifier ma vie maritale pitoyable mais seulement parce qu'il m'était nécessaire de comprendre et de digérer ce que je n'avais jamais eu le courage de digérer avant.
J'ai donné le pire de moi-même à cette femme qui m'aimait et si elle fut bien loin d'être parfaite, en actes comme en pensées, je ne mérite pas le pardon car le refus de l'amour sous toutes ses formes, je veux dire, le rejet conscient et méticuleux de notre bonheur est un acte particulièrement grave que je considère équivalent ou égal au meurtre.
C'est ainsi que j'en termine avec moi-même et avec vous. C'est ainsi que je décide de tirer un trait non pas sur mon passé mais sur ce petit témoignage de vie, sur ce blog. Tout n'a pas été dit mais l'essentiel y est, c'est une moitié de moi et qui sait ce que me réservera l'avenir.
Tout ce que je sais, ce que j'aurais peut-être appris à savoir ce que veux dire le mot "grandir". A travers le reflet de mon image pulvérisée tel un miroir en plusieurs fragments et de mon existence vide, de mon coeur vide, de mon âme vide, à travers le mal, la souffrance, la colère, la vengeance ou la cupidité, j'ai vu qu'il m'était peut-être possible de grandir et de donner cette fois ci, le meilleur de ce que je suis.
C'est à cela que je vais désormais m'atteler. Ce n'est pas nouveau, ce n'est pas un miracle, ce n'est pas une religion, un Dieu, une science, une philosophie, une psychanalyse ou une idéologie, c'est juste la suite logique et naturelle que tout homme se doit d'exploiter en lui. N'est ce pas ce que je tente de faire depuis "mon éveil" ou ma prise de conscience ? Et ce, malgré ma dépression et mon alcoolisme ?
Le meilleur est en nous. Le meilleur ne détruit pas, le meilleur ne donne pas la souffrance ou n'écrase pas les plus faibles, Le meilleur ne domine pas, il se fait serviteur, le meilleur anoblit et rend superbe le plus laid et le plus médiocre des hommes.
Vous avez toute ma sympathie et mon amitié.
18 mars 2008
La dernière marche
Je l'ai croisé au bord de la plage. Elle est passée devant moi alors que je mangeais un sandwich. Je fus d'abord stupéfait car je n'étais pas vraiment préparé à cette rencontre surprenante. Elle marchait avec un petit sac à main, elle portait un jean blanc et un décolleté rose ou marron, je ne m'en souviens plus vraiment. C'est elle qui m'a reconnu la première. Il fallu que je retrouve mes esprits et que je recentre mes pensées car j'avais l'impression que cette apparition sortait tout droit de mon imaginaire.
Cruella était là devant moi, dans toute sa splendeur. Le hasard, en ce début d'après midi l'avait mise sur mon chemin. Pourtant, rares étaient les occasions où nous étions seuls. En quatre ans de séparation, de guerre, de haine, d'amour, de mépris ou d'indifférence, je n'ai qu'un seul souvenir où nous nous sommes retrouvés sans les enfants ou les avocats. Ce fut lorsqu'elle m'annonça son désir de divorcer. Je ne pouvais légitimement manquer cette occasion et faire tout ce qui était en mon pouvoir afin de simplement lui parler. Mais pour dire quoi ?
Elle continua son chemin. Elle marcha tout le long de la plage, le pas un peu hésitant. Refusant de laisser cette femme qui fut mienne durant des années m'échapper aussi bêtement, je décidai de la suivre.
J'étais comme un gamin désemparé, ne sachant que trop faire, comment agir, comment parler. Je n'avais plus l'assurance et l'orgueil du passé, j'étais depuis bien longtemps en position de faiblesse et de fragilité. Qu'allais-je lui dire ? A quoi bon ? Je la suivais en me demandant ce que je faisais là : Était-ce après tout un mirage ?
Mais non, c'était bien elle. Elle se retourna puis s'arrêta net à ma vue. Elle me demanda de la laisser mais je ne pus m'y résoudre : Il fallait que je lui parle. Mais parler de quoi encore une fois ? Je ne savais plus vraiment. J'avais pourtant rêvé plusieurs fois de ce moment. Je l'avais désiré plus que tout au monde. Mais j'étais comme démuni, j'étais pauvre de tout, j'étais nu et sans véritable argument, rien qui ne pouvait cependant justifier mon acharnement. Elle s'imposa immédiatement devant moi en m'affirmant à plusieurs reprises que nous n'avions plus rien à nous dire, que la messe était dite depuis fort longtemps et qu'il fallait désormais que j'accepte la défaite, que j'accepte son désamour. En montant les escalier qui menaient à une célèbre cascade qui surplombe la ville, j'étais pour la plupart du temps placé sous son regard et son jugement. Je la suivis au delà de la dernière marche . Ce n'est pourtant pas ce que je voulais. je ne voulais pas l'envahir. Je voulais juste que nous parlions des enfants sereinement, d'égal à égal , n'est ce pas d'ailleurs ce que font tous les ex- époux "normaux "et séparés ? Son regard et le son de sa voix disaient le contraire : Cruella n'était pas là pour discuter, Cruella n'était là pour me parler, Cruella n'était plus celle qui m'aimait, Cruella était l'image d'une autre femme, d'une simple inconnue que le destin avait mis cet après midi là sur mon chemin.
Était-elle heureuse ?
Elle me répondit que non. Mais qu'importe puisque son bonheur n'était plus de mon ressort. En reconnaissant à plusieurs reprises que j'avais bien été incapable de la rendre heureuse, elle me fit remarquer à l'expression de son visage qu'elle en gardait encore les cicatrices.
Aussi profondes soient-elles, elle fut néanmoins assez troublée lorsque je lui dis que contre toute attente, je l'aimais encore. Elle me fit immédiatement remarquer que de telles paroles étaient bien trop graves et lourdes pour qu'elle les prenne au sérieux. J'avais beau insister mais le mur ou les barreaux de prison refirent surface. J'avais beau lever mon glaive pour transpercer son coeur, son bouclier était infranchissable. Ce n'est pas le prince qu'elle voyait mais un horrible dragon prêt à lancer des salves de feu, prêt à l'anéantir. Voilà ce que je vis en elle. Elle voulait fuir à tout prix.
En rentrant chez moi le soir même, je me dis qu'au fond, Cruella avait peut-être raison. Peut-être que je ne l'aimais pas, peut-être que je n'aimais que ce qu'elle avait pu représenter pour moi durant nos quelques années de vie commune et que j'avais lamentablement raté. J'étais endormi et à côté de moi, tout près, une femme qui était loin d'être parfaite m'avait voué un amour unique, tout ce dont j'avais pu rêver et que je n'avais jamais su préserver...










